dimanche, 04 décembre 2011 19:17

Les saints patrons de l'Europe

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Les saints patrons de l'Europe

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C’est donc le jour de la fête de saints Cyrille et Méthode, co-patrons de l’Europe avec saint Benoît, que Jean Paul II a martelé sa vision de l’Europe du droit, des cultures et des nations. Pour JP II la nouvelle Europe échouera si chaque nation ne peut y partager librement avec ses partenaires ses richesses culturelles, spirituelles et religieuses, et si le rôle des Églises chrétiennes n’y est pas reconnu. C’est une question de « justice » et « sérieux ».

La menace pour l’Europe c’est l’emprise d’une idéologie européenne matérialiste qui prétend s’affranchir des différences nationales pour imposer un modèle d’organisation économiciste et procédural, avec pour seules valeurs une laïcité démocratique antireligieuse. Pour construire l’Europe l’Eglise déclare que dans le contexte préoccupant d’aujourd’hui, il est urgent d’affirmer que, pour retrouver son identité profonde, l’Europe ne peut pas ne pas revenir à ses racines chrétiennes.

Principaux extraits de l’intervention du Saint-Père devant les représentants du monde la culture, Sofia, Palais de la culture, 24 mai 2002.

1. En introduisant l’Évangile dans les cultures particulières des peuples qu’ils évangélisaient, les saints Frères [Cyrille et Méthode] - grâce à la création géniale et originale d’un alphabet - ont acquis des mérites particuliers. Pour répondre aux nécessités de leur service apostolique, ils traduisirent dans la langue locale les livres sacrés à but liturgique et catéchétique, posant ainsi les fondements de la littérature dans les langues de ces peuples. C’est pourquoi ils sont considérés à juste titre non seulement comme les apôtres des slaves, mais aussi comme les pères de leur culture. La culture est l’expression de l’identité d’un peuple incarnée dans l’histoire ; elle forge l’âme d’une nation, qui se reconnaît dans des valeurs déterminées, qui s’exprime dans des symboles précis et qui communique à travers ses propres signes.

Par l’intermédiaire de leurs disciples, la mission de Cyrille et Méthode s’affermit merveilleusement en Bulgarie. Ici, grâce à saint Clément d’Ocrida, surgirent des centres dynamiques de vie monastique, ici encore l’alphabet cyrillique trouva un singulier développement. D’ici également, le christianisme passa dans d’autres territoires, jusqu’à rejoindre, à travers la Roumanie toute proche, l’antique Rus’ de Kiev, s’étendant ainsi vers Moscou et vers d’autres régions orientales. L’oeuvre de Cyrille et Méthode constitue une contribution éminente à la formation des racines communes de l’Europe, racines qui par leur profondeur et leur vitalité constituent l’un des points de référence culturelle les plus solides, dont ne peut faire abstraction aucun tentative sérieuse pour recomposer de façon nouvelle et actuelle l’unité du
continent.


2. Le critère qui inspira l’oeuvre considérable accomplie par Cyrille et Méthode fut la foi chrétienne. En effet, culture et foi non seulement ne sont pas en opposition, mais elles entretiennent des rapports semblables
à ceux qui existent entre l’arbre et le fruit. C’est un fait historique indéniable que les Églises chrétiennes, d’Orient et d’Occident, ont favorisé et propagé parmi les peuples, au cours des siècles, l’amour de leur culture propre et le respect pour celle d’autrui. Ainsi, furent édifiés de magnifiques églises et lieux de culte plein de richesses architecturales et d’images sacrées, telles les icônes, fruits à la fois de prière et de pénitence, comme aussi de goût et de technique artistique raffinée. Et c’est encore pour cette raison que furent rédigés de nombreux documents et écrits à caractère religieux et culturel, dans lesquels s’exprima et s’affina le génie de peuples en croissance vers une identité nationale toujours plus mûre. Le patrimoine culturel que les Saints de Thessalonique ont laissé aux peuples slaves était le fruit de l’arbre de leur , foi, profondément enracinée en eux. Par la suite, de nouvelles branches se développèrent sur cet arbre et produisirent de nouveaux fruits, donnant lieu à un enrichissement ultérieur de cet extraordinaire héritage de pensée et d’art que le monde reconnaît aux nations slaves.


3. L’expérience historique montre que l’annonce de la foi chrétienne n’a pas réduit, mais au contraire intégré et exalté les authentiques valeurs humaines et culturelles, qui sont caractéristiques du génie des
pays évangélisés, et elle a également contribué à leur ouverture réciproque, les aidant à dépasser les antagonismes et à créer un patrimoine commun spirituel et culturel, indispensable pour des relations stables et constructives de paix. Celui qui veut travailler activement à l’édification d’une authentique unité européenne ne peut pas faire abstraction de ces données historiques, dont l’éloquence est incontestable. Comme j’ai déjà eu l’occasion de l’affirmer, « la marginalisation des religions, qui ont contribué et contribuent encore à la culture et à l’humanisme dont l’Europe est légitimement fière, me paraît être à la fois une injustice et une erreur de perspective »(Discours au Corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, 10 janvier 2002, n. 2). En effet, l’Évangile n’appauvrit pas et n’éteint pas ce qui est authentique et que tout homme, tout peuple ou toute nation reconnaît et réalise comme bien, comme vérité et comme beauté (Cf. Slavorum apostoli, n. 18).


4. En jetant un regard en arrière, force est de reconnaître que, à côté d’une Europe de la culture avec les grands mouvements philosophiques, artistiques et religieux qui la caractérisent, à côté d’une Europe du travail marquée par les conquêtes technologiques et informatiques du siècle à peine achevé, il y a malheureusement une Europe des régimes dictatoriaux et des guerres, une Europe du sang, des larmes et et des cruautés les plus épouvantables. Peut-être aussi à cause des amères expériences du passé, il semble que dans l’Europe d’aujourd’hui se fasse encore plus forte la tentation du scepticisme et de l’indifférence devant l’effondrement des repères moraux fondamentaux de la vie personnelle et sociale. Il faut réagir. Dans le contexte préoccupant d’aujourd’hui, il est urgent d’affirmer que, pour retrouver son identité profonde, l’Europe ne peut pas ne pas revenir à ses racines chrétiennes, en particulier à l’oeuvre d’hommes comme Benoît, Cyrille et Méthode, dont le témoignage constitue une contribution de premier plan pour la reprise spirituelle et morale du Continent.

Voici alors le message des Patrons de l’Europe, de tous les mystiques et de tous les saints chrétiens qui ont annoncé l’Évangile aux populations européennes : la « raison » ultime de la vie et de l’histoire humaines nous a été offerte dans le Verbe de Dieu, qui s’est incarné pour racheter l’homme du mal du péché et de l’abîme de l’angoisse.

 

Lu 2200 fois Dernière modification le mercredi, 03 octobre 2012 19:04

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