Le Shabbat est fait pour l'homme

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Les spécialistes du Talmud disent que si Dieu a créé le Shabbat ce n’est pas qu’il ait eu besoin de repos mais pour nous donner l’exemple du repos, le sanctifier et l’exiger de nous, de sorte qu’en trouvant régulièrement en Dieu notre repos nous puissions nous refaire. Le Shabbat, dit la tradition, couronne la vie.

Or notre société a trouvé d’autres objets à adorer le jour du Shabbat. Nous adoron
s la société de consommation en faisant des dimanches certaines des plus grosses journées de magasinage de l’année. Nous adorons être libérés de la famille, du culte, de nous-mêmes. Penser est aujourd’hui la dernière chose que nous voudrions faire le jour du Shabbat. Nous avons fait de la pensée un état végétatif, et nous l’avons appelé repos. Nous avons fait de l’âme un désert, et nous l’avons appelé activités récréatives. Nous avons substitué le jeu et les loisirs à l’introspection et à la beauté, à l’intimité et à la considération des réalités les plus importantes. Nous avons créé une culture qui fait du Shabbat une course à l’évasion, une obsession pour les objets, un collage de distractions, un hymne à la vacuité.


En conséquence, nous sommes loin, très loin du Shabbat et bien près, tout près de la dispersion sociale.

Nous ne nous arrêtons plus pour penser. Nous ne nous arrêtons plus du tout, en fait. Notre génération a appris la « gestion du temps » et le fonctionnement multitâche. Nous ouvrons notre courrier en parlant au téléphone. Nous corrigeons des textes ou nous classons des fichiers informatiques tout en regardant la télé. Nous amenons les enfants jouer au parc mais nous restons assis dans la voiture pour finir de rédiger un rapport. Nous travaillons tous les jours de la semaine et deux fois plus le Shabbat, qui est devenu une journée de rattrapage au lieu d’un temps de réflexion. Nous avons perdu le sens de l’attention, de la pleine conscience, de ce que la tradition monastique appelle la vigilance. Pas étonnant que nous puissions en arriver, sans presque le remarquer, à pratiquer le clonage humain. Pas étonnant que nous puissions observer l’oppression de la moitié du genre humain comme si cela allait de soi. Pas étonnant que nous laissions s’effilocher la vie sans trouver le temps de participer au débat public nécessaire au consensus social et qui nous éviterait de nous faire imposer ce dont nous ne voulons pas, d’aboutir à ce que nous jugerons moralement insoutenable, de léguer à nos enfants l’impensable.

« A l’heure actuelle, chacun exploite l’autre, dit l’adage. Après la révolution, ce sera exactement le contraire ».

Faute d’un réveil de l’esprit du Shabbat, cela ne fait pas le moindre doute.

Joan Chittister, Au coeur du monde, regard spirituel sur le monde d’aujourd’hui,
Editions Bellarmin 2006.
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